Le dispositif de retraite progressive : un intéressant outil RH de fin de carrière
La retraite progressive est un mécanisme de fin de carrière permettant à un salarié (ou plus largement à un actif) de réduire son activité tout en percevant une fraction de ses pensions (retraite de base et, pour les salariés du privé, retraite complémentaire). Elle repose sur une liquidation provisoire des droits, puis un recalcul lors de la liquidation définitive, en tenant compte des droits acquis pendant la période (le salarié continue à cotiser et à accumuler des droits et des trimestres, qui seront comptabilisés à la liquidation définitive de sa retraite).
Pour les employeurs, c’est un outil RH qui peut sécuriser la transition vers la retraite, faciliter la transmission des compétences et améliorer la fidélisation des salariés expérimentés, tout en encadrant juridiquement l’aménagement du temps de travail.
Quelles sont les conditions pour bénéficier de la retraite progressive :
- avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite diminué de deux années, sans pouvoir être âgé de moins de 60 ans ;
- justifier d’une durée d’assurance et de périodes reconnues équivalentes à hauteur de 150 trimestres au régime général et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires ;
- justifier d’une quotité de temps de travail qui ne peut être inférieure à 40 % et supérieure à 80 % du temps complet applicable au sein de l’entreprise.
Comment la mettre en place :
Un formulaire de demande de retraite progressive doit être rempli par le salarié, accompagné de pièces justificatives (notamment le nouveau contrat de travail à temps partiel conclu avec l’employeur) et envoyé à l’administration.
Quel intérêt ?
Les salariés éligibles peuvent diminuer leur durée du travail et percevoir, en contrepartie, une fraction de leur pension de vieillesse (entre 20% et 60% de la pension de vieillesse, en fonction de la réduction du travail appliquée, qui peut aller de 80 à 60% de la durée du travail applicable dans l’entreprise).A noter : la retraite progressive est également ouverte, depuis le 26 avril 2022, aux salariés bénéficiant d’une convention de forfait- jours
Ce qui a changé depuis 2025 : un âge d’accès désormais fixé à 60 ans
Depuis le , l’âge minimal pour bénéficier de la retraite progressive est abaissé et fixé à 60 ans, quelle que soit l’année de naissance, dès lors que la pension prend effet à compter de cette date.
Cette évolution résulte de deux textes publiés au Journal officiel : décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025 et décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 , qui actent cet abaissement et précisent son entrée en vigueur.
Les sources officielles (Assurance retraite et Ministère du Travail) reprennent cette règle et confirment son application aux retraites progressives prenant effet à compter du .
- Âge minimal : 60 ans (pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025).
- Portée : mesure présentée comme applicable “quelle que soit l’année de naissance”.
- Conséquence pratique : l’article peut être mis à jour en remplaçant la règle “à 2 ans de l’âge légal” par la règle “à partir de 60 ans” (pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025).
2) Mise en place côté entreprise : une procédure “RH + retraite” (et un formalisme renforcé)
Étape 1 — Demande au titre du temps partiel / temps réduit
Le passage à temps partiel (ou la baisse du forfait-jours) suppose un accord et se gère comme un aménagement contractuel (avenant, nouvelle répartition, rémunération, etc.).
Depuis les textes récents, la demande du salarié s’inscrit dans une procédure encadrée :
- l’employeur doit répondre dans les 2 mois ;
- à défaut de réponse écrite et motivée, l’accord est réputé acquis ;
- en cas de refus, celui-ci doit être justifié (incompatibilité avec l’activité économique, avec des éléments concrets).
Références : C. trav., art. L. 3123-4-1 (temps partiel) ; C. trav., art. L. 3121-60-1 (forfait-jours / temps réduit) .
Étape 2 — Dépôt de la demande auprès des caisses
Le salarié dépose ensuite sa demande de retraite progressive avec justificatifs. La demande peut se faire via le service en ligne “Demander ma retraite progressive” (une seule demande pour l’ensemble des régimes concernés, selon les cas).
Ressources utiles : Agirc-Arrco – Demande en ligne ; Assurance retraite – Retraite progressive (démarches) .
3) Montant versé : une fraction de pension (base + complémentaire)
Règle de calcul (logique simple)
Le principe est le suivant : plus le temps de travail baisse, plus la fraction de pension versée augmente.
Exemple donné par l’Assurance retraite : un temps partiel à 65 % ouvre droit à 35 % de la retraite progressive. ( source )
Côté Agirc-Arrco (retraite complémentaire des salariés), le régime rappelle :
- bornes d’activité 40 % à 80 % ;
- fraction déterminée en fonction du temps de travail ;
- conditions d’accès (60 ans, 150 trimestres, temps partiel).
Recalcul à la liquidation définitive
La retraite progressive repose sur une liquidation provisoire, puis la pension complète est liquidée en tenant compte du montant initial et des droits acquis depuis.
4) Cotisations pendant la retraite progressive : continuer à acquérir des droits (et option de surcotisation)
Pendant la retraite progressive, le salarié continue à cotiser, ce qui peut améliorer le montant final (trimestres/points supplémentaires selon les régimes).
Option utile : cotiser “comme à temps plein” (surcotisation)
Sur accord écrit, il est possible de cotiser sur la base d’un temps plein. Le ministère du Travail le mentionne explicitement, et le Code de la sécurité sociale encadre la possibilité de maintenir l’assiette de cotisations vieillesse.
Ressource : Ministère du Travail – La retraite progressive .
5) Cas particulier : salariés au forfait-jours (depuis le 26 avril 2022)
Votre mention est juste : la retraite progressive a été étendue aux salariés dont la durée de travail est décomptée en jours (forfait-jours), via le décret n° 2022-677 du 26 avril 2022 .
Sur le plan RH, cela se traduit par un forfait-jours réduit (à paramétrer dans l’avenant), avec une baisse cohérente avec les seuils applicables. Le ministère du Travail illustre d’ailleurs le raisonnement à partir de 218 jours (40–80 %). (source)
6) Suspension, fin du dispositif et points de vigilance pour l’employeur
Si les conditions cessent d’être remplies, le service de la fraction peut être suspendu.
Si le salarié modifie son temps de travail en dehors des bornes (ex. < 40 % ou > 80 %), l’Assurance retraite indique que la retraite progressive peut être suspendue. ( source )