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Prud’hommes : comment saisir le conseil et déroulement de la procédure

Le Conseil de prud’hommes est la juridiction compétente pour régler les litiges individuels nés à l’occasion d’un contrat de travail de droit privé. Il statue sur les conflits entre employeurs et salariés : licenciement contesté, heures supplémentaires non payées, harcèlement, rupture conventionnelle annulée, discrimination. Sa saisine est ouverte à tout salarié ou employeur, sans avocat obligatoire, mais la procédure obéit à des règles précises qu’il convient de maîtriser pour défendre efficacement ses droits.

1. Compétence et organisation du Conseil de prud’hommes

1.1 – La compétence du Conseil de prud’hommes

Le Conseil de prud’hommes est compétent pour connaître des différends individuels nés à l’occasion d’un contrat de travail entre employeurs et salariés, quelle que soit la nature du contrat (CDI, CDD, temps partiel, apprentissage) (art. L. 1411-1 du Code du travail). Il peut également être saisi en cas de litige relatif à un contrat d’apprentissage ou à une rupture conventionnelle contestée.

En revanche, il n’est pas compétent pour :

  • Les conflits collectifs du travail (grèves, accords collectifs)
  • Les litiges impliquant des agents de la fonction publique
  • Les litiges entre associés ou actionnaires d’une société
  • Les litiges relevant du tribunal de commerce (entre sociétés)

1.2 – L’organisation paritaire

Le Conseil de prud’hommes est une juridiction paritaire : ses membres sont des conseillers élus, à parité entre représentants des salariés et représentants des employeurs. En cas de partage des voix, un juge départiteur (magistrat professionnel du tribunal judiciaire) est appelé à trancher.

1.3 – La compétence territoriale

Le Conseil de prud’hommes territorialement compétent est en principe celui du lieu où le salarié effectue son travail, ou du lieu où se situe l’établissement qui a procédé à l’embauche (art. R. 1412-1 du Code du travail). Lorsque le travail est accompli à domicile ou en dehors de tout établissement, le salarié peut saisir le conseil de son domicile.

1.4 – Les cinq sections

Chaque Conseil de prud’hommes est divisé en cinq sections, chacune compétente pour un secteur d’activité spécifique :

  • Section industrie : secteurs industriels et de production
  • Section commerce et services commerciaux : commerce, banque, assurance
  • Section agriculture : activités agricoles et assimilées
  • Section activités diverses : professions libérales, associations, services aux particuliers
  • Section encadrement : cadres et assimilés, toutes activités confondues

2. Comment saisir le Conseil de prud’hommes

2.1 – La requête prud’homale

La saisine du Conseil de prud’hommes s’effectue par le dépôt d’une requête au greffe du conseil compétent (art. R. 1452-1 du Code du travail). Depuis 2017, la requête doit être accompagnée d’un bordereau des pièces et doit exposer de manière précise les prétentions du demandeur et les motifs qui les fondent.

La requête peut être :

  • Déposée directement au greffe du Conseil de prud’hommes
  • Envoyée par voie postale (lettre recommandée avec accusé de réception)
  • Déposée en ligne sur le portail service-public.fr dans certains ressorts

2.2 – Le contenu de la requête

La requête doit contenir, à peine d’irrecevabilité, les éléments suivants :

  • Les coordonnées complètes des parties (demandeur et défendeur)
  • L’objet de la demande : les prétentions chiffrées et clairement formulées
  • Un exposé des motifs : les faits et les fondements juridiques de la demande
  • La liste des pièces jointes à l’appui de la demande

Point de vigilance : chiffrer précisément ses demandes

Depuis la réforme de 2017, le demandeur doit chiffrer ses demandes dès la requête initiale. Une demande non chiffrée ou présentée de manière trop vague peut être déclarée irrecevable. Il est donc essentiel de calculer précisément chaque chef de demande avant de saisir le conseil : indemnités de licenciement, rappels de salaire, dommages-intérêts, etc.

2.3 – L’assistance et la représentation

Devant le Conseil de prud’hommes, les parties peuvent se présenter seules, se faire assister ou se faire représenter (art. L. 1453-1 du Code du travail). Les personnes habilitées à représenter les parties sont :

  • Un avocat
  • Un représentant d’une organisation syndicale ou patronale
  • Le conjoint, partenaire de PACS ou concubin
  • Un salarié ou employeur de la même branche d’activité

Si l’avocat n’est pas obligatoire, il est fortement recommandé pour les dossiers complexes ou pour les montants significatifs en jeu. La maîtrise des règles de procédure, la qualité de la rédaction des conclusions et la connaissance de la jurisprudence font souvent la différence entre un dossier gagné et un dossier perdu.

3. Le bureau de conciliation et d’orientation (BCO)

3.1 – Le rôle du BCO

Toute affaire portée devant le Conseil de prud’hommes passe d’abord devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO), composé de deux conseillers prud’homaux (un salarié, un employeur) (art. L. 1454-1 du Code du travail). Sa double mission est :

  • Concilier les parties : trouver un accord amiable mettant fin au litige
  • Orienter l’affaire : en cas d’échec de la conciliation, renvoyer le dossier devant la formation de jugement appropriée

3.2 – La conciliation

La conciliation est une tentative de règlement amiable du litige. Le BCO peut proposer aux parties une solution transactionnelle. Si les parties parviennent à un accord, celui-ci est constaté dans un procès-verbal de conciliation qui a force exécutoire : il vaut titre exécutoire et peut être exécuté comme un jugement.

Si la conciliation échoue, le BCO rend un procès-verbal de non-conciliation et oriente l’affaire vers la formation de jugement adaptée.

3.3 – Les mesures provisoires que peut ordonner le BCO

Même en cas d’échec de la conciliation, le BCO dispose de pouvoirs propres : il peut ordonner des mesures provisoires à l’encontre de l’employeur, notamment :

  • La remise des documents de fin de contrat (certificat de travail, attestation France Travail)
  • La provision sur les sommes dues non sérieusement contestables
  • La remise sous astreinte de bulletins de paie

3.4 – L’orientation de l’affaire

À l’issue du BCO, l’affaire est orientée vers :

  • Le bureau de jugement en formation restreinte (2 conseillers) pour les affaires simples
  • Le bureau de jugement en formation complète (4 conseillers) pour les affaires complexes
  • Le bureau de jugement en formation de référé pour les mesures urgentes
  • Le juge départiteur directement, par accord des parties, pour les affaires complexes

4. Le bureau de jugement

4.1 – La procédure devant le bureau de jugement

Devant le bureau de jugement, la procédure est orale en principe : les parties présentent leurs arguments à l’audience. Cependant, en pratique, les parties déposent des conclusions écrites et un bordereau de pièces avant l’audience, que le greffe communique à la partie adverse.

La procédure se déroule en plusieurs temps :

  • L’échange de conclusions entre les parties (le demandeur, puis le défendeur, puis éventuellement réplique)
  • L’audience de plaidoirie : les parties ou leurs représentants exposent oralement leurs arguments
  • Le délibéré : les conseillers se retirent pour délibérer
  • Le prononcé du jugement : en audience publique ou par mise à disposition au greffe

4.2 – Le référé prud’homal

La formation de référé du Conseil de prud’hommes permet d’obtenir des mesures urgentes lorsque l’existence d’une obligation n’est pas sérieusement contestable. Elle peut notamment ordonner :

  • La remise de documents de fin de contrat sous astreinte
  • Le paiement d’une provision sur des salaires manifestement dus
  • La cessation d’un trouble manifestement illicite

Le référé est une procédure rapide : l’audience est généralement fixée dans un délai de quelques semaines. La décision (ordonnance de référé) est provisoire et peut être remise en cause par un jugement au fond.

4.3 – Les délais de jugement

Les délais de jugement devant le Conseil de prud’hommes sont extrêmement variables selon les juridictions et la complexité des affaires. En moyenne, il faut compter entre 12 et 24 mois entre le dépôt de la requête et le jugement en première instance. Certains conseils, notamment en région parisienne, affichent des délais supérieurs. Cette durée plaide pour une préparation rigoureuse du dossier en amont.

À retenir

En cas d’urgence (salaires impayés, documents de fin de contrat non remis), la procédure de référé permet d’obtenir une décision en quelques semaines, sans attendre l’issue du jugement au fond. C’est une voie à envisager sérieusement lorsque la dette de l’employeur n’est pas contestable.

5. Les délais de prescription : agir avant qu’il ne soit trop tard

5.1 – Le délai de droit commun pour les actions liées à la rupture du contrat

Le délai de prescription de droit commun pour les actions portant sur la rupture du contrat de travail est de 12 mois à compter de la notification de la rupture (art. L. 1471-1 du Code du travail). Ce délai s’applique notamment aux actions en contestation de licenciement, de rupture conventionnelle, ou de prise d’acte de la rupture.

5.2 – Le délai pour les actions en paiement de salaire

Les actions en paiement de salaire, d’heures supplémentaires, de primes ou d’indemnités de toute nature se prescrivent par 3 ans à compter du jour où le salarié a eu connaissance des faits (art. L. 3245-1 du Code du travail). En pratique, cela permet de réclamer jusqu’à 3 années de rappels de salaire.

5.3 – Le délai pour les actions en discrimination ou harcèlement

Les actions fondées sur une discrimination ou un harcèlement se prescrivent par 5 ans à compter de la révélation de la discrimination ou du dernier acte de harcèlement (art. L. 1134-5 du Code du travail et art. 2224 du Code civil).

5.4 – Tableau récapitulatif des principaux délais

Type d’action Délai de prescription Point de départ
Contestation de la rupture du contrat (licenciement, rupture conventionnelle) 12 mois Notification de la rupture
Rappels de salaire, heures supplémentaires, primes 3 ans Jour de connaissance des faits
Discrimination, harcèlement moral ou sexuel 5 ans Révélation des faits ou dernier acte
Actions fondées sur une atteinte à une liberté fondamentale 5 ans Jour de connaissance des faits
Contestation de l’homologation d’un PSE 2 mois Décision de la DREETS

Point de vigilance

Ces délais sont des délais de forclusion ou de prescription : passé le délai applicable, l’action est irrecevable, quels que soient le bien-fondé de la demande et les preuves disponibles. Une consultation rapide avec un avocat en droit du travail après la rupture du contrat permet de ne laisser prescrire aucun droit.

6. Les voies de recours : appel et cassation

6.1 – L’appel devant la cour d’appel

Le jugement rendu par le Conseil de prud’hommes peut faire l’objet d’un appel devant la chambre sociale de la cour d’appel compétente, dans un délai d’1 mois à compter de la notification du jugement (art. 538 du Code de procédure civile). L’appel est suspensif : il suspend l’exécution du jugement de première instance, sauf en ce qui concerne les condamnations assorties de l’exécution provisoire.

Devant la cour d’appel, la représentation par avocat est obligatoire pour les deux parties. La procédure est écrite et encadrée par des délais stricts fixés par la procédure Prud’homale avec représentation obligatoire (PPRO).

6.2 – Le pourvoi en cassation

L’arrêt de la cour d’appel peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation devant la chambre sociale de la Cour de cassation, dans un délai de 2 mois à compter de la signification de l’arrêt. La Cour de cassation ne rejuge pas le fond de l’affaire : elle contrôle uniquement la bonne application du droit par les juges du fond. En cas de cassation, l’affaire est renvoyée devant une autre cour d’appel.

6.3 – L’exécution du jugement

Le jugement prud’homal est exécutoire à compter de sa signification. Si l’employeur ne s’exécute pas volontairement, le salarié peut recourir à un huissier de justice (commissaire de justice) pour procéder à une exécution forcée : saisie sur salaire, saisie des comptes bancaires, saisie des biens. L’exécution provisoire de droit s’applique à certaines condamnations (remise de documents, provisions).

7. Questions fréquentes sur les prud’hommes


Non, l’avocat n’est pas obligatoire devant le Conseil de prud’hommes en première instance. Les parties peuvent se présenter seules ou se faire assister par un représentant syndical. Cependant, la complexité des règles de procédure, la nécessité de chiffrer précisément les demandes et l’importance des enjeux financiers rendent l’assistance d’un avocat fortement recommandée. En appel, l’avocat est obligatoire.


Les délais sont très variables selon les conseils et la complexité des affaires. En moyenne, il faut compter entre 12 et 24 mois entre le dépôt de la requête et le jugement en première instance. Si le jugement est frappé d’appel, la procédure devant la cour d’appel peut prendre 12 à 18 mois supplémentaires. En cas de pourvoi en cassation, la procédure peut s’étaler sur plusieurs années. En urgence, la procédure de référé permet d’obtenir une décision en quelques semaines.


Oui. Il n’est pas nécessaire que le contrat de travail soit rompu pour saisir le Conseil de prud’hommes. Un salarié toujours en poste peut saisir les prud’hommes pour des heures supplémentaires non payées, une discrimination, un harcèlement, un rappel de prime, ou toute autre violation de ses droits contractuels ou légaux. L’employeur ne peut pas le sanctionner pour avoir exercé ce droit, sous peine de voir cette mesure annulée pour entrave à l’exercice du droit d’action en justice.


La prise d’acte est un mode de rupture du contrat à l’initiative du salarié, qui reproche à l’employeur des manquements suffisamment graves pour justifier la rupture (harcèlement, non-paiement des salaires, modification unilatérale du contrat). Si le juge prud’homal reconnaît que les manquements sont établis et suffisamment graves, la prise d’acte produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Dans le cas contraire, elle produit les effets d’une démission. C’est une décision risquée qui nécessite une analyse préalable par un avocat en droit du travail.


Oui. Le Conseil de prud’hommes est compétent pour les litiges entre employeurs et salariés, dans les deux sens. Un employeur peut saisir les prud’hommes contre un salarié pour obtenir réparation d’un préjudice causé par une faute lourde, pour faire valoir une clause de non-concurrence violée, ou encore pour contester une démission qui serait en réalité une prise d’acte déguisée. En pratique, ces saisines restent rares mais existent.

8. Votre avocat en droit du travail pour une procédure prud’homale

La procédure prud’homale est plus technique qu’il n’y paraît : choix de la bonne juridiction, respect des délais de prescription, chiffrage précis des demandes, constitution du dossier de preuves, rédaction des conclusions, plaidoirie. Une erreur de procédure peut rendre une action irrecevable ou fragiliser considérablement la position de la partie. Que vous soyez salarié ou employeur, une analyse préalable par un avocat spécialisé permet d’évaluer les chances de succès, d’anticiper les arguments adverses et de préparer un dossier solide.

Cabinet d’avocats en droit du travail à Paris 1er, Patchwork accompagne salariés et entreprises à toutes les étapes de la procédure prud’homale : de la saisine du conseil jusqu’à l’exécution du jugement, en passant par la représentation à l’audience et, si nécessaire, l’appel devant la cour.

Vous envisagez de saisir les prud’hommes ou avez reçu une convocation ? Contactez-nous.

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